Question existentielle

Avant que nous sachions où nous allons, il nous faut savoir d’où nous venons et où l’on est.

Ces questions nous sont posées depuis la nuit des temps. Dans le récit de la Genèse, Dieu demande à Adam :

  • Où es-tu ?

Ce à quoi il répondit:

  • J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. Genèse 3.10

Adam ne répond pas à la question. Pas directement. Il filtre l’expérience divine par son refus de la réalité.

Est-ce qu’aimer dieu pourrait être aimer la réalité ?

J’ai remarqué que lorsque nous utilisons la négation dans notre langage, nous n’informons personne de notre intention, bien au contraire, nous les tenons à l’écart de ce qui nous titille de l’intérieur. Si je dis que je ne suis pas content, je ne dis pas ce que je ressens vraiment. Il en résulte un espace vide qu’il nous est possible d’interpréter comme bon nous semble. On peut penser que je suis en colère, triste, frustré.

L’usage de la négation avertit celui qui l’utilise de manière inconsciente. Et lorsqu’on l’utilise envers l’autre, c’est qu’on soupçonne l’autre de quelque chose.

Exemple : Je ne touche pas à mes affaires.

Dans l’énonciation même, l’on entend l’idée selon laquelle l’interlocuteur pourrait y toucher. En fait, l’on reconnait en soi comme en l’autre ce potentiel désir de se mêler de ce qui ne nous regarde pas.

Dans la bible, et plus précisément dans les dix commandements, les négations existent pour nous révéler notre faillibilité, notre fragilité, bien plus que pour nous accuser de quoi que ce soit.

Tu ne tueras point, tu ne voleras point, et tu ne commettras point d’adultère. Ne sont-ils pas les points les plus fragiles de notre être ? N’avons-nous pas en chacun de nous cette capacité de devenir criminels, de voler ou de commettre un adultère ?

Je sais que je ne m’imagine pas tuer, et que je ne le souhaiterais pour rien au monde, mais qui peut me démontrer que je n’en aurais pas la capacité si des circonstances particulières m’y poussaient ? Il en est de même pour le vol et l’adultère.

La négation est un langage d’avertissement et de dialogue inconscient que je développerais volontiers plus tard.

Dans Genèse 2.16 & 2.17

L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme:

  • Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

Voici une belle négation. « Tu ne mangeras pas de l’arbre… »

C’est donc que nous sommes potentiellement capables de le faire, que c’est inné en nous d’en avoir le fruit, à savoir de nous noyer dans la connaissance du bien et du mal.

Est-ce suffisant pour exister ? Est-ce que cela me donne de la sagesse de savoir ce qui est bien et de faire la différence avec ce qui est mal ? Est-ce que cela me garantit de faire les bons choix ? Non, évidemment non !

Il n’était pas question d’un interdit, mais plutôt d’un avertissement. Ce dieu dont on ignore tout, qui nous parle d’on ne sait où, communique depuis notre plus intime à notre plus intime de nous-mêmes.

À la question qu’il nous pose depuis la nuit des temps :

  • Où es-tu ?

Il suscite en chacun de nous la sagesse, la justesse, l’ordre des choses.

Où sommes-nous vraiment ? En ce lieu que l’on nomme terre. Cette terre qui tourne sur elle-même à la vitesse de 1670 kilomètres à l’heure en même temps qu’elle tourne autour du Soleil à la vitesse de 107 280 kilomètres à l’heure. Ce qui rend difficile la tâche de définir le lieu exact où l’on se trouve.

Je suis ici, en même temps que je suis ailleurs, dans l’espace infini inscrit dans le tout, toujours en mouvement.

Ce que je prétends être est un tout que je ne perçois même pas. Je me définis dans une identité limitante, celle d’Adam, Ève, Yves, Véronique, etc. Première identité, celle d’un prénom et d’un nom. Alors que Dieu lui-même n’en a pas, ou qu’on s’interdise de le nommer.

Où suis-je ? Quel est cet ici inexistant, cet ailleurs tout aussi indéfinissable ?

Où vais-je ?

D’où est-ce que je viens ?

Perdu dans l’immensité de l’univers ; je fais partie intégrante de l'univers infini, je suis !

Né bien avant ma naissance, mort de nombreuses fois.

Qui suis-je ? Ovule, spermatozoïde, embryon, fœtus, enfant, adolescent, homme, vieil homme, vivant, mort. Quand suis-je et qui suis-je ?

Où vais-je ? Mon dernier souffle se fondera-t-il dans l’immensité de l’univers, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand ?

Deviendrais-je lumière ou ténèbres ?

Je ne sais rien, sinon que dans l’immensité où la Lumière et les Ténèbres s’unissent à jamais je rejoindrai peut-être l’ineffable.