Mon parcours de vie

Yves Orduña vécut son enfance à Dommartemont, un petit village à côté de Nancy, en Lorraine. La maison que ses parents eurent construite se trouvait en face d’une vieille maison habitée par un homme âgé qu’on ne tardait pas à qualifier d’étrange et de mystérieux. En effet, lorsqu’il sortait de chez lui à vélo, sa bosse énorme sur le dos, même si on le saluait, il ne répondait pas, traçant sa route, comme si l’on n’existait pas. Était-il sourd ?  On ne le savait pas.

Souvent, les enfants de ce village se retrouvaient autour de la fontaine et lorsque la saison d’été arrivait, ils allaient à la rapine aux cerises. Les champs d’arbres fruitiers ne manquaient pas, et d’une propriété à l’autre, pires que des corbeaux ou toute sorte d’oiseaux nuisibles, ils allaient d’arbre en arbre dévorer les fruits murs et savoureux.

Les propriétaires excédés, munis d’une fourche ou d’un balai pour les moins féroces leur exhortaient à quitter les lieux au plus vite tandis qu’ils partaient en courant ; lorsqu’ils n’étaient pas obligés de sauter de l’arbre et de prendre un coup de bâton sur les fesses.

Le père Lambert, c’est ainsi qu’était appelé le vieux monsieur étrange, venait de manière plus sournoise faire fuir les enfants. Il arrivait par surprise, sans crier gare, et lorsqu’il pouvait nous battre ou nous piquer avec sa fourche, il n’hésitait pas à redoubler de coups.

Un jour, il sortit avec un fusil et tira sur quatre adolescents. Trois furent blessés, dont une adolescente, grièvement. Ça devait être en 1975 ou 1976 !

Après que le père Lambert fut interné en psychiatrie quelques mois, à son retour chez lui, il parvint à se tirer une balle en plein cœur ;  et de mettre ainsi fin à ses jours. N’ayant pas d’héritier, la maison fut laissée à l’abandon et tous les enfants du village vinrent piller les lieux, comme pour tenter d’exorciser la peur qui les tenait au ventre.

Yves et quatre amis revenaient régulièrement dans la maison, d’autant qu’il habitait en face. Ils découvrirent des journaux datant des deux guerres, mais aussi des fioles de laboratoire, des cahiers manuscrits laissés à l’abandon sous des couvertures jetées au sol, des vêtements usagés, sales, puants même.

En seulement quelques jours, ils se constituèrent un vrai trésor de journaux et de cahiers qu’ils conservèrent dans le grenier d’Yves, sans que ses parents soient au courant. Ils prirent le temps de lire et de déchiffrer ce qui était manuscrit et découvrirent que monsieur Lambert se livrait à la magie noire autant qu’aux messes noires. Il y mentionnait des noms de personnes à Dommartemont. Il y fit mention d’un bébé décédé d’une mort subite. Il laissa croire dans ses écrits (ceux du père Lambert) qu’il était intervenu sur le plan astral muni d’une épée magique pour tuer l’enfant. Ces écrits commençaient à tourmenter l’esprit des cinq préadolescents. Et d’élever la curiosité de quelques-uns d’entre eux. C’est à ce moment-là que commença pour Yves Orduña un chemin initiatique ou le visible et l’invisible se côtoyaient. Ils se procurèrent des livres de magie noire, se lancèrent dans l’invocation des esprits et la divination. Des manifestations étranges survenaient de plus en plus fréquemment, comme des meubles qui bougeaient, des ampoules qui éclataient, s’allumaient ou s’éteignaient. La télévision noire et blanc qui s’allumait elle aussi sans raison. Des bruits au grenier, le chien qui aboyait toutes les nuits vers minuit. Les parents d’Yves qui s’inquiétaient.

Yves interprétait les cartes, les tarots, s’intéressait à l’astrologie, invoquait les esprits et chercher à percer le mystère des anges et des démons. Dieu existait-il ? Le diable était-il une pure invention ou une entité bien réelle ?

Ses prémonitions, autant que ses tentatives de contact avec l’invisible, réussirent parfois à l’effrayer. Plus tard, on déposa à sa porte un chapelet traversant une carte « As de Pique » signifiant qu’on lui aurait jeté un sort. La mère d’Yves terrifiée fit brûler tous les cahiers et journaux présents dans le grenier. Le chapelet muni de la carte fut jeté par son frère dans le champ du père Lambert.

Le sort avait été jeté. Les parents d’Yves connurent la faillite financière, perdirent leur maison. Yves se fit émanciper à l’âge de 15 ans et demi et travailla dans la vente par porte à porte. Ses prédictions souvent ténébreuses se produisaient, ses proches le sollicitaient souvent, mais il commençait à craindre ses visions. Il souhaitait mettre un terme à tout cela, mais sa curiosité l’en empêchait. C’est à l’âge de 21 ans qu’il se convertit à la religion catholique. Il visita les lieux comme Lourdes, Medjugordjé, San Damiano… récita le rosaire tous les jours pendant plus d’un an, avant qu’il ne retrouvât la paix intérieure et qu’il traça un chemin écarté de ce chemin où les forces du mal tentaient de s’immiscer jusque dans son intimité.

Ça n’est que plus tard qu’il se consacra à nouveau à la voyance et à l’astrologie, tentant de voir s’il pouvait échapper aux prédictions ou s’il en était tributaire. Il se rendit compte que les prédictions dépendaient de l’état d’esprit de chaque individu, des causes et des conséquences engendrées depuis un certain temps. Il comprit qu’on pouvait se servir des prévisions pour échapper au sort qui semblait en être jeté. Il commença à s’intéresser à la sophrologie, au Reiki, au développement personnel et vit qu’il pouvait améliorer sa vie autant que celle de ceux qui lui faisaient confiance sinon transcender l’existence.

L’art de la divination devint un art de transformation et d’équité entre l’âme, le corps et l’esprit.